L’art de chorégraphier la pensée (VF)

“En fait, j’aime vraiment cette forme d’art. J’adorerais être l’une des personnes qui ont étendu son territoire.” – Siobhan Davies

‘Figurant’ de Siobhan Davies et Helka Kaski, matériaux / réarrangés / pour / être (2017) par Siobhan Davies Dance. Photo de Pari Naderi

Jeudi 19 Janvier 2017

Ce soir, notre session de Next Choreography s’est déroulée au centre Barbican, où nous avons pu voir la nouvelle pièce de Siobhan Davies :

Matériaux / réarrangés / pour / être est une collaboration entre Davies et 13 autres chorégraphes, artistes et scientifiques, qui aborde la relation entre le corps et l’esprit […] Un point de départ est l’historien de l’art allemand Aby Warburg et son “Atlas Mnemosyne” des années 1920, dans lequel il rassembla des images de différentes époques et types d’art – une peinture de la Renaissance, une œuvre d’architecture classique, une publicité ou coupure de presse du début du XXème siècle –  qui représentent toutes des actions, icônes ou gestes similaires (il était particulièrement porté sur les nymphes). Warburg montra comment des images symboliques réapparaissaient à différentes époques et endroits à travers l’histoire.

Davies crée son propre genre d’Atlas, un montage de pièces qui seront jouées les unes à côté des autres du matin au soir dans des formations en constante évolution. […] Ce que toutes les pièces ont en commun, c’est l’idée du geste physique : d’où il peut venir et ce qu’il peut vouloir dire. “Warburg était intrigué par la manière dont l’artiste utilise le comportement du corps pour contenir une pensée”, explique Davies.

Et comment le corps “contient-il une pensée”? Eh bien, je dirais qu’en premier lieu, il doit penser. Prendre le temps de penser et d’incarner cette pensée, je veux dire. Ensuite, la pensée peut devenir intention, posture, geste ou attitude.

Tout cela est visible dans la chorégraphie et la performance de Siobhan Davies. Je dirais qu’elle montre la même curiosité et la même attention aux détails que Warburg dans son Atlas. Oui, ses mouvements peuvent sembler lents ou minimalistes, à première vue. Mais en y regardant de plus près, on se rend compte que c’est de la pure pensée en mouvement. Et c’est ça qui me fascine le plus dans son travail : c’est de la réflexion dans l’action.

Il y a cinquante ans, Davies était l’une des toutes premières étudiantes en danse contemporaine du Royaume-Uni […] A 66 ans, elle reste l’une des chorégraphes les plus intéressantes qui soient, son travail, tout comme elle, intelligent et sans fioritures, sa curiosité atteignant des lieux que la danse n’aborde pas souvent […] Elle veut à présent amener son public plus près, à tous les niveaux. Davies remarque que lorsqu’on regarde la danse, il n’y a pas d’objet médiateur, pas d’instrument de musique, pas de pinceau, pas de scénario, entre le danseur et le spectateur. “L’interprète et l’observateur sont tous deux les mêmes”, dit-elle, mais nous avons l’habitude de voir des danseurs pousser leurs corps à l’extrême. “Pour certains, cette extrémité est juste une joie”, dit Davies. “Mais en ce qui me concerne, je veux seulement aller aussi loin que possible en gardant le contact humain.”

Actions de “L’Encyclopédie de l’Expérience”, Charlie Morrissey, matériaux / réarrangés / pour / être (2017) de Siobhan Davies Dance. Photo de Pari Naderi

 

En bref,

Le travail de Davies est à taille humaine : il n’est pas virtuose, ses danseurs portent des vêtements et des chaussures ordinaires, et ce qu’ils font donne souvent l’impression qu’ils sont occupés à résoudre un casse-tête avec leurs corps. Mais c’est loin d’être naïf. “On peut avoir une œuvre basée sur l’expérience du quotidien”, dit-elle, “mais ayant tout de même un sens de virtuosité dans sa conception. En poésie, on utilise souvent le langage de tous les jours, mais c’est la structure et l’attention portée aux détails qui permettent au lecteur d’être transformé dans un autre mode de pensée.”

Cela semble être une bonne manière de considérer le travail de Davies : faussement simple en termes de mouvement présenté, mais plein de poésie dans ses idées et ses structures.

Source : The Guardian, jeudi 12/01/2017. Article de Lyndsey Winship.


 

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